Le 17 mai 2026, l’Organisation Mondiale de la Santé (l’OMS), à déclaré une urgence de santé publique de portée internationale concernant l'épidémie de maladie à virus Ebola (Bundibugyo) en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda.
La course contre la montre recommence, face à une souche Ebola contre laquelle il n’existe actuellement aucun traitement ou vaccin spécifique, dans un contexte particulièrement volatil où les populations sont très mobiles et la gouvernance morcelée avec une forte présence de groupes armés.
Alors que le gouvernement de la RDC et l'OMS finalisent actuellement leur plan « Un seul plan, un seul budget, une seule équipe », et que le gouvernement de l’Ouganda a développé un plan national de réponse de trois mois, que nous apprennent les précédentes réponses à Ebola?
Sur la base du document d’apprentissage d'ALNAP, voici cinq leçons apprises qui nous paraissent aujourd’hui particulièrement utiles aux travailleurs humanitaires.
1. Protéger ceux qui protègent les autres.
La leçon 1 de l'ALNAP est claire: les travailleurs de santé doivent disposer de ressources adéquates, d'une rémunération équitable et d'un accompagnement psychologique. Les personnels de santé, dont beaucoup sont issus des communautés qu’ils soignent, doivent avoir accès à un équipement de protection individuelle (EPI) fiable, à des installations adaptées pour suffisamment se reposer dans un environnement aussi stressant et à un soutien psychologique face à la peur et à la stigmatisation. Les conditions de travail et les salaires doivent être garantis dès le début de l'intervention. La motivation des équipes influence directement la qualité et la continuité des soins. Stabiliser les équipes est une des conditions nécessaires à la réussite de la réponse.
Les leçons 2 et 3 rappellent que des protocoles et des mesures adéquats de prévention et de contrôle des infections doivent être mis en place dans les centres de santé, les centres de traitement d'Ebola (CTE), ainsi que pour le personnel chargé des funérailles, afin d'éviter les infections nosocomiales.
J’ai été témoin de funérailles que la famille ne considérait pas appropriée. En conséquence, la famille a exhumé le corps, avec le soutien des chefs traditionnels et des agents de sécurité qui gardaient les tombes, afin d’organiser une cérémonie conforme aux coutumes, s’exposant ainsi à un risque élevé d’infection.
Citation tirée du papier d’ALNAP
2. Placer l'expertise locale au centre de la réponse.
Les leçons 3, 4 et 6 du papier d'ALNAP rappellent que les familles, les leaders locaux et les agents de santé communautaires sont les premiers à identifier les cas et à prendre soin des malades. Les communautés connaissent leur propre environnement. L'intégration de leur compréhension des dynamiques sociales et des rapports de pouvoir locaux permet d'adapter la réponse aux spécificités de chaque zone, y inclus la détection des cas, le suivi des contacts et l’organisation de funérailles culturellement et émotionnellement adaptées, évitant ainsi l'application de modèles trop standardisés parfois moins pertinents.
La participation des autorités traditionnelles, des dirigeants religieux et des membres du conseil a conduit à la mise en œuvre de mesures proactives et préventives au niveau communautaire. Les habitants ont pris l'initiative de restreindre leurs propres déplacements et de suivre leurs mouvements afin de permettre le traçage des contacts. L'implication des membres de la communauté a permis de réduire la transmission au sein de la population.
Citation tirée du papier d’ALNAP
3. Encourager une communication transparente basée sur la confiance et l'inclusion.
La leçon 5 de l'ALNAP souligne que la communication sanitaire doit privilégier des messages inclusifs, culturellement adaptés, en langues locales et portés par des messagers de confiance. La diffusion de slogans techniques complexes risque d'être inefficace, voire contre-productive. La transparence joue un rôle central : il faut expliciter clairement ce qui est connu et ce qui reste incertain concernant le virus Bundibugyo. Les expériences passées démontrent que dissimuler les incertitudes alimente les rumeurs et favorise la résistance aux mesures de santé publique. Une communication bidirectionnelle, permettant d'écouter activement les préoccupations des communautés et d'y répondre, constitue la seule voie pour établir la confiance nécessaire afin que les personnes présentant des symptomes recherchent des soins et adhèrent aux recommandations.
4. Préserver le système de santé
La leçon 12 de l'ALNAP souligne la nécessité de maintenir les soins de santé courants. Lors des épidémies précédentes, la concentration des ressources sur la lutte contre Ebola a entraîné une hausse des décès liés à d'autres causes (VIH, paludisme) en raison de la fermeture ou de la saturation des structures sanitaires. Avec le virus Bundibugyo, pour lequel aucun vaccin n'existe, la pression sur le système de santé sera considérable. Il est donc crucial de garantir la continuité des soins pour les maladies non liées à Ebola, y compris la santé maternelle et infantile et la prise en charge des pathologies chroniques.
5. Adopter une approche sensible au genre
La leçon 9 de l'ALNAP met en lumière l'impact spécifique des rôles de genre durant les épidémies d’Ebola. Les femmes, qui assument souvent la responsabilité principale des soins au sein des foyers, encourent un risque d'infection accru, tout en étant fréquemment exclues des mécanismes de prise de décision. Les femmes doivent donc être écoutées et entendues et partie prenante de la réponse afin de proposer des stratégies de prévention adaptées.
A un moment où il apparait que l’épidémie actuelle de maladie à virus Ebola à souche Bundibugyo pourrait être une des plus sévères que cette région d’Afrique centrale ait connue et une des plus difficiles à contrôler les expériences et réponses passées nous rappellent que les outils de santé publique sont primordiaux, en protégeant les équipes de réponse, mais que l’efficacité de la réponse dépend en grande partie de notre approche sociale et humaine, en écoutant ceux au plus proche des malades, en respectant les dynamiques de genre et en préservant le système de santé.
Le papier complet d’ALNAP est disponible ici.