La République démocratique du Congo (RDC) a déclaré sa 17e épidémie d’Ebola le 15 mai 2026 après que les autorités sanitaires ont confirmé des cas causés par le virus Bundibugyo dans la province de l’Ituri. L’épidémie a rapidement évolué, passant de huit cas confirmés et 246 cas suspects signalés lors de la déclaration à plus de 1 000 cas suspects fin mai. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré une urgence de santé publique le 17 mai.
Contrairement à la souche Zaïre, plus courante, le virus Bundibugyo ne dispose d’aucun vaccin homologué ni de traitement spécifique, ce qui crée d’importants défis pour le contrôle de l’épidémie. Celle-ci se déroule dans un contexte de conflit prolongé, de déplacements massifs, d’infrastructures sanitaires fragiles et de forte mobilité de la population, autant de facteurs qui compliquent la surveillance, le traçage des contacts et l’accès aux soins. Au 7 juin 2026, le Centre d’Opérations d’Urgence de Santé Publique « COUSP RDC » a signalé 550 cas confirmés en laboratoire, 101 décès confirmés et 94 cas suspects, à la suite d’un examen approfondi ayant écarté des centaines de cas initialement suspects. Des cas ont été signalés dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu en RDC, et une propagation transfrontalière a également été enregistrée en Ouganda, qui compte 11 cas confirmés.
Le manque d’information, la désinformation et la méfiance au sein des communautés ont entravé la réponse dès le début. Les médias et les acteur·ices de la santé ont documenté une peur généralisée, une méfiance envers les autorités, des informations erronées sur l’origine de la maladie et des rumeurs selon lesquelles Ebola aurait été créé ou introduit par des acteur·ices extérieur·es. Des travaux récents de Ground Truth Solutions montrent un mécontentement préexistant à l’égard des activités humanitaires en RDC, alimentée par un sentiment d’exclusion et un manque de transparence. Des attaques contre des établissements de santé, des résistances aux traitements, des cas de familles retirant des patients suspects des soins et des conflits autour des mesures funéraires ont été observés. Les données issues des épidémies précédentes montrent qu’un engagement communautaire significatif, une collecte systématique de retours d’information et des intermédiaires locaux de confiance peuvent améliorer l’acceptation des mesures de santé publique et renforcer le contrôle des épidémies.
Par le biais d’une enquête téléphonique, nous avons interrogé 391 personnes dans les zones touchées par Ebola en Ituri entre le 3 et le 5 juin 2026. Nous leur avons posé des questions sur leurs principales préoccupations, leurs perceptions ainsi que leurs suggestions et messages de plaidoyer concernant l’épidémie d’Ebola et la réponse apportée. Parmi les 391 personnes interrogées, 79 (20%) étaient des femmes et 312 (80%) des hommes. Les répondant·es étaient âgé·es de 18 à 78 ans, avec un âge médian de 34 ans. 81% résidaient à leur lieu de résidence habituel, 16% étaient des personnes déplacées et 3% des personne retourné·es.